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samedi 23 mars 2013

L'ODEUR DU FIGUIER (Simonetta Greggio - Le Livre de Poche)
QUI ? Simonetta Greggio est une romancière italienne qui écrit en français. Arrivée à Paris en 1981, où elle vit depuis, elle a été journaliste pendant plusieurs années, collaborant à des revues et magazines divers dont City, Télérama, La Repubblica, Figaro Madame… Elle est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages d’art de vivre consacrés aux jardins et à la cuisine, et notamment des premiers Guide des auberges et hôtels de charme en Italie. Son premier roman, La douceur des hommes, paru chez Stock en 2005, a été consacré par le magazine Lire parmi les vingt meilleurs livres de l’année.
QUAND ? Italie, ces dernières années.
QUOI ? Cinq nouvelles sont au menu : Aquascura (un jeune couple s'installe dans une cabane perdue dans la nature pour les vacances d'été) ; Plus chaud que la braise (vingt ans après, les retrouvailles passionnées d'un homme et d'une femme) ; Quand les grands seront maigres (un retraité se retrouve piégé dans un ascenseur) ; L'année 82 (la passion destructrice d'une jeune femme pour un homme tourmenté) ; Fiat 500 (idylle fugace sur les routes d'Italie).
Simonetta Greggio
ALORS ? Parfums, soleil d'été, rivages bleutés, Aquascura, la nouvelle qui ouvre le livre, ne dément pas le titre du recueil, tout en sensation subtile mais prégnante. La description de ces vacances au rythme indolent est d'une justesse rare, la chaleur, les parfums, les matières : tout est palpable dans ce décor à la lumière si belle. S. Greggio y mêle doucement les incertitudes du coeur pour révéler brutalement la violence des sentiments mais aussi de la nature, belle mais aussi dangereuse. Un très beau travail d'écrivain, intimiste et généreux, qui se savoure lentement, au rythme d'une langueur toute calculée. Plus chaud que la braise et L'année 82 sont des histoires d'amour douloureuses où le triangle amoureux (thème omniprésent chez l'auteur) révèle déchirures et tourments car, décidément, l'amour fait mal ! Quand les grands... interrompt les transports amoureux pour laisser place à une histoire étonnamment sombre : un vieillard agonise dans un ascenseur : son passé défile devant ses yeux, son histoire mais aussi celle de son pays, jusqu'à la chute. Métaphore glaçante sur le destin de l'Italie actuelle ? A voir... Quant à Fiat 500, anecdotique, elle est à oublier.

mercredi 3 août 2011

SECRETS D'ALCÔVE (Carmen Domingo - Stock)

QUI ? Carmen Domingo est née en 1970 à Barcelone. Diplômée en philologie hispanique à l’université de Barcelone, elle a collaboré avec diverses maisons d’éditions et revues. Elle travaille aujourd’hui pour plusieurs journaux dont El Viajero, El País, Marie Claire et Time Out. Secrets d’alcôve est son premier roman.
QUAND ? Espagne, prémices de la guerre civile.
QUOI ? Carmen, Pilar, Mercedes pourraient être n’importe quelle femme espagnole des trente premières années du siècle passé. Cependant, le destin a voulu qu’elles soient les compagnes de trois hommes qui ont marqué le devenir de l’histoire récente de l’Espagne, trois des principales figures de la cause fasciste à l'aube de la Guerre Civile et de la dictature. 
ALORS ? La guerre civile vécue du côté franquiste n'est pas une nouveauté, d'autres auteurs ont déjà adopte ce point de vue mais, en choisissant comme protagonistes les femmes ou sœurs des principaux caïques fascistes, C. Domingo donne une tonalité nouvelle au propos. Derrière la leçon d'histoire et la dimension biographique du livre, le portrait croisé de ces femmes révèle un instantané de la condition féminine et, plus largement, de la société espagnole de l'époque. Le courage, la bêtise, la dévotion ou l'amour ne sont bien sûr d'aucun parti et, face à la violence et à l'imminence de la mort, ils s'emparent tour à tour des trois "héroïnes" et les entraînent vers des destins contrastés. Dommage cependant que C. Domingo n'ait pas su donner plus de corps à son texte. Secrets d'alcôve ne parvient pas toujours à trouver sa route, quelque part entre l'exposé biographique et un romanesque peu affirmé, trop timide pour vraiment nous intéresser complètement.

vendredi 24 décembre 2010

UN BONHEUR PARFAIT (James Salter - L'Olivier)

QUI ? James Salter, auteur américain né en 1925, influencé par Hemingway et Miller, a marqué la fiction américaine moderne par un style affirmé et une oeuvre très dense, partagée entre roman et autobiographie.
QUAND ? Etats-Unis, années 70.
QUOI ? La lente mais sûre désagrégation d'un jeune couple en apparence parfait.
ALORS? Attention, si vous venez de subir un échec amoureux, passez votre chemin, "Un bonheur parfait" risque bien de ruiner vos derniers espoirs de rencontrer l'âme soeur ! Plus sérieusement, James Salter mérite d'être cité comme l'un des auteurs qui a le mieux saisi le désenchantement amoureux, la trahison, le soupçon puis, au final, la mort pure et simple du couple et de l'amour. Salter écrit et décrit avec finesse le lent mais irrésistible chemin qui mène Nedra et Viri de l'amour bercé d'illusions à la brisure tragique, pathétique, dont on se remet pas. "Un bonheur..." se caractérise aussi par un remarquable travail d'écriture : Salter cisèle ses phrases et, sous une apparente simplicité, construit un texte dense, parfois poétique, toujours émouvant et juste. D'ailleurs, j'ai rarement lu roman aussi triste et désenchanté. Mais c'est un compliment !

lundi 10 mai 2010

LE FIL D'ARGENT (Enrique Baulenas - J'ai Lu)

QUI ? Lluís-Anton Baulenas est né à Barcelone en 1958, dans le quartier de Sant Andreu. Licencié en philologie catalane, il devient enseignant. C'est le théâtre qui l'amène à l'écriture. Il abandonne l'enseignement en 1987 pour ne plus se consacrer qu'à l'écriture de romans et de pièces de théâtre.
QUAND ? Barcelone, 1935.
QUOI ? Gregori, Maria et Pere ont 18 ans le même jour. Représentants de la jeunesse catalane des années trente, ils sont conviés par Radio Barcelone à raconter leur vie. Cette rencontre fortuite entre trois jeunes issus de milieux très différents marque le début d'une amitié " à la vie à la mort ". Mais Maria est très belle, et les deux amis se transforment vite en prétendants acharnés. Pere le révolutionnaire flamboyant. Gregori l'aristo cultivé et discret. La guerre civile qui éclate en 1936 les sépare, les révèle aussi. Mais de cette guerre-là, personne ne sortira vainqueur...
ALORS ? Le fil d'argent est un livre qui s'écoute autant qu'il se lit : le choeur des voix de Gregori, Maria et Pere fournit la trame d'une histoire généreuse, belle, tragique et drôle aussi. Et on n'en finit pas de goûter à la ritournelle des trois jeunes protagonistes. Dans un style vif et coloré, Baulenas a capté avec une rare sensibilité la fougue et l'énergie de ces enfants du siècle bousculés par l'Histoire. Sous leurs yeux incrédules défilent la guerre et son cortège de misères mais la petite musique persiste et Baulenas ne sacrifie jamais ses personnages aux péripéties  et aux drames. Jusqu'au bout, la flamme et la beauté du chant illuminent ce roman populaire, social mais avant tout humain, véritable ode à l'amitié et à la fraternité. Une merveille !

lundi 1 mars 2010

AFFINITES (Sarah Waters - Denoël)

QUI ? Sarah Waters, écrivain britannique née en 1966. Très connue en Grande-Bretagne, elle aligne depuis 1998 les succès d'édition : Affinités est son deuxième roman après Caresser le velours (Denoël). On lui doit aussi  Du bout des doigts, Ronde de nuit (toujours chez Denoël) et The Little Stranger (non traduit). L'homosexualité féminine est presque toujours au centre de ses oeuvres : en effet, Sarah Waters est une figure très médiatique de la communauté lesbienne outre-Manche.
QUAND ? L'Angleterre victorienne, à Londres.
QUOI ? La prison de Millbank et ses voleuses, criminelles et faussaires, ses avorteuses et mères maquerelles. C'est dans l'inquiétant climat de l'une des geôles les plus lugubres de l'ère victorienne que Margaret Prior, dame patronnesse, rencontre la charismatique médium spirite Selina Dawes qui, bien qu'incarcérée, ne cesse de clamer son innocence. Au fil des visites, Selina dévoile son étrange histoire, et Margaret est irrésistiblement entraînée dans un monde crépusculaire de séances de spiritisme et d'apparitions, d'esprits insoumis et de passions incontrôlables...
ALORS ? L'histoire de la littérature l'a bien montré, l'Angleterre victorienne a fourni a de tout temps un décor propice à l'imagination et au romanesque. Affinités exploite cette richesse et se pose d'emblée comme un vrai grand roman à costumes, une incursion précise et documentée dans la société anglaise victorienne. On découvre un monde fasciné par l'au-delà et ses artefacts (fées, spirites, médiums, sociétés secrètes,...) mais également étouffé sous le propre poids de ses codes et de ses conventions. Entre les murs de la prison de Millbank, le rebut de la société croupit dans la misère tandis que les nantis, classe à laquelle appartient Margaret, se noie dans les crinolines et l'ennui, à moins de s'offrir quelques frissons bon marché auprès de médiums exaltés. Évidemment, la condition féminine n'a guère le loisir de s'épanouir dans ce contexte et Sarah Waters saisit parfaitement l'enfermement dont sont victimes ses héroïnes, l'une entre les murs de sa cellule, l'autre au sein d'une famille étouffante et rigide. Seul moyen d'évasion possible : l'amour, la passion et avant cela, la possibilité de croire enfin. Mais peut-on vraiment croire et s'abandonner ? Les esprits invoqués lors des séances sont-ils bien réels ? L'amour entre les êtres l'est-il aussi ? Sur ces questions essentielles, S. Waters mêle au roman social  et historique une intense histoire d'amour et, plus inattendu, un suspense final digne des plus grands thrillers. Car tout n'est qu'illusion, c'est ce que l'auteur semble vouloir dire : à l'instar des personnages, nous sommes plongés dans un tortueux jeu de faux-semblants et d'illusions, celui de l'écriture, des sentiments et des convenances. Bref, tout ce qui fait les grands romans !
SI VOUS AIMEZ, VOUS AIMEREZ AUSSI :
- l'adaptation télévisée du livre, disponible en DVD (dont voici la bande-annonce) :


- les romans de W. Wilkie Collins (et de Dickens, tant qu'on y est).
- Caresser le velours, autre roman de Sarah Waters qui se déroule également sous l'ère victorienne.

jeudi 25 février 2010

LA FEMME DU COLON FRANCAIS (John La Galite - Pocket)

QUI ? John La Galite (de son vrai nom Jean-Michel Sakka), écrivain français exilé aux USA, spécialisé dans le thriller qui s'essaye de temps à autre à la littérature générale (parfois sous le pseudo de Paul Beck). 
QUAND ? L'Algérie, années 50.
QUOI ?
Une nouvelle vie en Algérie, l'aventure et le soleil des colonies : voilà ce que recherchait Marie, une jeune institutrice, dans la vitalité de l'après-guerre. Quelques années plus tard, mariée à un colon de vingt ans son aîné, isolée dans une ferme de sept mille hectares près de Constantine, et liée à une famille austère et aride, Marie se meurt. Sa vie est devenue stérile, comme ce désert qui l'emprisonne, comme ce ventre apparemment infertile... Quand un accident de voiture bénin secoue son existence, et qu'un jeune homme lui fait connaître la passion, Marie croit enfin pouvoir échapper à la famille Mauduit...
ALORS ? Belle surprise que cette Femme du colon français : visiblement inspiré par son sujet, John La Galite imagine un mélodrame intimiste dans le décor enflammé de l'Algérie coloniale, illuminé par la figure tragique de  Marie, superbe personnage de femme soumise à la passion amoureuse. Le texte manque parfois de subtilité lorsqu'il met en parallèle le destin de l'Algérie et de ses personnages mais La Galite a su créer une atmosphère et donner de la chair à ses personnages. Pas mal du tout...

lundi 1 juin 2009

LE BISON DE LA NUIT (Guillermo Arriaga - Phébus)

QUI ? Guillermo Arriaga, hérault de la littérature contemporaine mexicaine mais aussi brillant scénariste (21 grammes, Trois enterrements,...) et metteur en scène (Loin de la terre brûlée).
QUAND ? Mexico aujourd'hui, jungle urbaine loin des clichés généralement colportés sur le Mexique.
QUOI ? Jeunesse perdue. Ils sont trois, trois jeunes d'à peine vingt ans perdus dans une obscure mégalopole mexicaine. Le meneur du groupe, Gregorio, était un ange noir dévoré par la folie. Il s'est suicidé et laisse ainsi Manuel et Tania (ses amis, ses victimes, ses disciples) plongés dans le chaos d'une existence angoissée...
ALORS ? Le bison de la nuit est un grand roman d'atmosphère (noir, très noir), une sorte de Jules et Jim post-mortem nerveux et angoissé, en phase avec les tourments d'une génération en déroute. Arriaga manie un style efficace et simple, quasi cinématographique (ce qui bien sûr n'est pas un hasard vu son pedigree) où Mexico la noire sert de décor trouble aux sursauts d'êtres vénimeux, fascinés par le vide, la culpabilité et la rédemption impossible. Arriaga séduit par la force viscérale de son écriture, quasi palpable. C'est un écrivain sensible qui cherche sans cesse les limites et donne à voir un monde de sentiments exacerbés et destructeurs. Dans tous les cas, il s'agit d'un excellent auteur !

samedi 16 juin 2007

UN COUPLE ORDINAIRE (Isabelle Minière - Le Livre de Poche)

QUI ? Isabelle Minière est née un 24 août au Mali, mais elle a passé son enfance en France, près d’Orléans. Psychologue, elle a habité ici et là, à la ville, à la campagne, séjourné quatre années en Chine. Elle est très heureuse d’être la mère de ses trois filles et vit aujourd’hui à Paris. La lecture et l’écriture font partie de sa vie depuis son enfance, depuis qu’elle y a goûté…
QUAND ? De nos jours, la vie urbaine.
QUOI ? La douce vie de famille...
ALORS ? Candidats au mariage ou à la vie de couple, fuyez ce livre ou vous risquez de déchanter rapidement ! Notre narrateur va l'apprendre à ses dépens : l'enfer, c'est le couple ! Mais faisons les présentations : dans le rôle de la victime nous retrouvons un pharmacien rêveur et posément soumi, amoureux fervent de sa fille Marion ; pour incarner la gorgone, Béatrice, illustratrice de livres pour enfants, belle et égocentrique, déploie des monceaux de sadisme psychologique. Mais un jour, monsieur se réveille et sort enfin de sa léthargie : il hait sa vie, il ne veut plus être cette ombre qui capitule sans cesse. Pris dans la nasse maritale, face à une épouse qui entend ne rien lâcher, il va devoir résister et se battre. Et l'amour dans tout ça ? Il peut exister quand même et parfois repêcher les âmes blessées. Oublions le style un peu léger des premières pages : le livre d'Isabelle Minière se lit avec une gourmandise horrifiée. Le lecteur est invité à compter les points de cette guerre post-nuptiale et à encourager son champion. A ce propos, quand le timide pharmacien va t-il enfin avoir les couil... euh le courage d'en remontrer à la harpie des bacs à albums !? Réponse dans cette histoire de couple cruelle et incisive où tous les coups sont permis.

jeudi 14 juin 2007

L'AMOUR EST TRES SURESTIME (Brigitte Giraud - Stock)

QUI ? Brigitte Giraud, auteur estimable qui s'est construit petit à petit et que l'on aime beaucoup.
QUAND ? Indéterminé.
QUOI ? L'amour, c'est pas de la tarte...
ALORS ? Le titre, tiré d'un texte de Dominique A., résume bien l'ironie douloureuse de ce livre d'à peine quatre vingt onze pages, condensé d'impressions justes et de jugements aigus où l'on voit comment meurt l'amour, comment il se délite jusqu'à s'évanouir purement et simplement. L'auteur se concentre sur l'agonie d'un couple en perdition : lui, écrivain à succès ; elle, simple anonyme dont la banalité finit par insupporter : quête d'amour modeste contre ambition égoïste sur fond de guerre des sexes larvée. Tout sonne juste, on est dans le détail minuscule des sentiments abîmés avec les incontournables mots qui blessent, les gestes déplacés, les lapsus plus meurtriers que des coups ou les habitudes mortifères. Brigitte Giraud complète son observation par le portrait de ceux à qui on a volé l'amour : les veuves (sujet d'un chapitre brillant sous forme de sentences implacables) ou les maris abandonnés par leur femme (intolérable angoisse du vide qui s'installe).