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lundi 17 juin 2013

BLESSEES (Percival Everett - Actes Sud)

Dans le Wyoming profond, les hommes révèlent leur vrai nature. C'est beau, intense, mais aussi... sauvage. Amateurs de grands espaces, vous allez respirer à pleins poumons ce western moderne. Un roman au caractère bien trempé, signé par un professeur d'université qui a souvent traité des questions raciales.


samedi 12 mars 2011

LE CAFARD (Rawi Hage - Denoël)

QUI ? Rawi Hage, né en 1964 au Liban qu'il quitte en 1992 après la guerre civile. Devient ensuite citoyen canadien. Il se partage aujourd'hui entre écriture, arts plastiques et son métier de conservateur.
QUAND ? De nos jours, à Montréal, au Québec.
QUOI ? Réchappé d'une tentative de suicide, le narrateur, immigré originaire d'un pays oriental, est contraint de suivre une psychothérapie. Fou amoureux de Shoreh, une Iranienne torturée par les mollahs, notre homme vit à la petite semaine entre aide sociale et boulots d'appoint...
ALORS ? L'exil, le déracinement, sont-ils solubles dans la bonne conscience ? Que peut espérer un exilé politique, ici Iranien, plongé dans le grand bain de la liberté et des valeurs occidentales ? Sujet casse-gueule que Rawi Hage (lui-même exilé volontaire) prend de front,  sans crainte de heurter les bonnes manières et le politiquement correct.  Le cafard tire sur tout ce qui bouge  : qu'il s'agisse de l'évangélisme et la condescendance de l'Occident ou de l'opportunisme et de la voracité de certains  exilés, l'auteur n'épargne personne, à commencer par son narrateur, irrémédiablement antipathique, symptôme chronique de l'incompatibilité des cultures et des traumatismes indélébiles. Son basculement progressif dans la folie ne fait qu'entériner l'échec annoncé d'une intégration impossible. Son exil est d'abord intérieur, un trou noir sans fond d'où rien ni personne n'est en mesure de le sauver. Le discours est pessimiste, noir mais R. Hage n'a pas signé qu'un brûlot : l'humour, souvent acide, le drame et le désespoir composent ici une drôle de partition, riche d'émotions et de petits instantanés de vie, croqués avec un réel talent. Sur un sujet difficile, aux résonances politiques et sociales, R. Hage n'oublie jamais qu'il est d'abord un romancier, et un sacré bon d'ailleurs...

lundi 15 juin 2009

LES ROSIERS DU SILENCE (Anson Cameron - Actes Sud)

QUI ? Anson Cameron, auteur australien renommé né en 1961, copieusement ignoré chez nous !
QUAND ? Aujourd'hui, en Australie.
QUOI ? Les Rosiers du Silence s’ouvre par une scène d’anthologie : l’évaporation d’une ville minière dans le désert australien (ou plutôt son enlèvement littéral par une horde de semi-remorques) jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Enfin, presque plus rien : l’église, bâtie en dur, n’est pas détruite tandis qu’un misérable préfabriqué semble encore défier l’inéluctable. Car le terrain sur lequel est construite Hannah (c’est le nom de la ville) appartient à BBK, un consortium minier qui après avoir épuisé les ressources du sol, se voit obligé de rendre la terre au aborigènes s’il veut obtenir de nouveaux contrats. Dans le préfabriqué, une vieille femme, Belle, s’entête. Elle ne veut pas partir et continue à soigner ses rosiers où elle a enfoui les cendres de son mari et de sa fille. BBK va tout faire pour lui faire quitter les lieux, à commencer par solliciter l’intervention de son fils, un riche agent immobilier revenu de tout…
ALORS ? Pourquoi un roman nous émeut-il plus qu'un autre ? Peut-être parce qu'il sait mieux capter les fêlures qui dorment en nous. Que dire alors de l'histoire de Belle ? Sa résitsance, touchante et naïve, illustre les ruptures d'un pays entier, une nation divisée qui n'arrête pas de se chercher dans un long mouvement douloureux. L'Australie gigantesque et brûlante y apparaît fissurée et fragile : les générations se heurtent, les sociétés et les cultures aussi. Cameron réussit un texte émouvant et fort, où la question de l'identité ébranle les personnages et les convictions. Superbe !

lundi 1 juin 2009

FRUIT AMER (Achmat Dangor - Mercure de France)

QUI ? Achmat Dangor, né en 1948, proche de Nelson Mandela, écrivain fermement engagé dans la société sud-africaine.
QUAND ? Afrique du Sud, vingt ans après l'Apartheid.
QUOI ? Il y a dix-neuf ans, le lieutenant Du Bois, de la police sud-africaine, a violé en prison une métisse, pratiquement sous les yeux de son mari militant anti-apartheid, Silas. De ce crime est né Mikey à qui on a toujours caché le secret de ses origines. Un jour, Silas croise Du Bois dans un centre commercial et le passé ressurgit soudain...
ALORS ?  Achmat Dangor (lui-même métis) est sans illusion : les souffrances du passé ne disparaissent jamais, elles se transmettent et dévorent aussi bien leurs auteurs que leurs victimes. Ce roman de l'après-apartheid ne dit rien d'autre : ses personnages dérivent lentement, prisonniers de leurs démons, dans ce qui ressemble à une véritable tragédie moderne. Excellent de bout en bout, Fruit amer s'impose comme un livre coup-de-poing que l'on repose chancelant et bouleversé. Outre le contenu social et humain, Dangor signe un superbe objet romanesque qui vous travaille au corps sans laisser de répit. Limpide, efficace, puissant : le plaisir de lecture est total. Chaudement recommandé...