Affichage des articles dont le libellé est Famille je te hais. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Famille je te hais. Afficher tous les articles

samedi 1 juin 2013

THERESE DESQUEYROUX (François Mauriac - Le Livre de Poche)


Vous vouliez un classique, un lourd ? Voilà Thérèse Desqueyroux, du vénérable François Mauriac. A priori, pas de quoi s'exciter dans la mesure où les classiques vieillissent (souvent) mal. Mais, surprise, ce portrait de femme tragique dans la France des années 20 déploie des charmes insoupçonnés...


lundi 14 mars 2011

SUKKWAN ISLAND (David Vann - Gallmeister)

QUI ? David Vann, né en 1966 en Alaska. Passionné de voile, il travaille longuement sur les bateaux et exerce quantité de petits boulots. Il lui faudra dix ans pour rédiger Sukkwan Island et presque autant pour le voir publier.
QUAND ? Époque indéterminée, quelque part sur une île perdue au beau milieu de l'Alaska.
QUOI ? Jim décide d'emmener son fils de treize ans sur une île perdue pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal...
ALORS ? La presse, les critiques, nous avaient averti : Sukkwan Island est un livre qui emmène loin, un récit brut, sans concession, qui malmène le lecteur et le confronte systématiquement au pire. Dès le début, à l'image de la nature crépusculaire qui entoure ses protagonistes, David Vann insinue l'angoisse, le malaise est latent et l'on devine très tôt que l'expédition père-fils ne peut mener qu'au drame. Mais le coup de théâtre (terrifiant) de la page 113 n'est pas celui escompté : Sukkwan Island n'est pas un récit de survie comme pourrait le laisser croire sa première partie mais plutôt un théâtre de lâchetés, de non-dits et de douleurs enfouis. L'île de Sukkwan, oppressante, hostile, épuise les personnages et les pousse dans leurs derniers retranchements jusqu'à l'explosion. Dans la deuxième partie (particulièrement éprouvante), elle devient une sorte de purgatoire, lieu de folie et de souffrance dont il semble impossible de s'échapper. Car il n'y a pas échappatoire, pas d'issue à la culpabilité et au désespoir, le verdict de David Vann est sans appel. La fin, un peu mal fichue, un peu trop décalée par rapport au reste du livre, ne dit pas autre chose. Mais pourquoi pareille noirceur ? A la lecture des interviews de David Vann, on comprend mieux ce qu'est Sukkwan Island : à la fois un exorcisme et un incroyable objet de thérapie et de rémission. Alors vous aussi, vous voilà prévenus : personne ne sort indemne de Sukkwan Island...

lundi 3 août 2009

PARDON (Gail Jones - Mercure de France)

QUI ? Gail Jones, universitaire, écrivain australien très connu en Australie mais pas du tout chez nous.
QUAND ? Avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale, en Australie.
QUOI ?  Pendant la seconde guerre mondiale, mais loin des conflits qui déchirent la planète, grandit dans le bush australien une étrange petite fille, Perdita. Elle est née là, de parents anglais très mal assortis : le père, anthropologue, censé effectuer des recherches sur les Aborigènes est déçu que personne ne s’intéresse à son travail. Violent, brutal, il traite en esclaves ses domestiques — aborigènes, bien sûr — n’hésitant pas à violer les très jeunes femmes à son service. Stella, la mère, dépressive, instable, n’existe qu’à travers la lecture de Shakespeare et ne parle pratiquement que par citations de ses pièces. Perdita, livrée à elle-même, ne trouve amour et réconfort qu’auprès des tribus aborigènes qui lui font découvrir la nature, les animaux, les saisons. Surtout, il y a Mary, une jeune indigène plus éduquée car venue d’un couvent anglais de la ville voisine, pour s’occuper de la petite fille.  Une sorte de bonheur pourrait alors s’installer — mais survient le drame : le père de Perdita est retrouvé assassiné chez lui. Qui l’a tué ? Perdita doit le savoir, car elle était présente. Mais qu’a-t-elle réellement vu, réellement compris ?
ALORS ? En plaçant son livre sous la tutelle quasi permanente de Shakespeare (les citations du dramaturge ponctuent le roman du début à la fin), Gail Jones a puisé à la source du drame et de la tragédie pour décrire la pathétique mais magnifique destinée de Perdita, son héroïne. L'univers de la fillette est en proie au déchaînement : un meurtre sanglant se joue sous ses yeux, une tempête furieuse ravage le bush tandis que le chaos des bombes frappe l'Australie. Dans ce monde affligé, Perdita n'a de cesse de chercher la vérité et d'affronter son trouble intérieur : de la faute au pardon,  des ténèbres à la lumière, la fillette lutte pour sa rédemption dans une aventure riche de larmes, de douleur mais aussi de sentiments et d'amour. Gail Jones signe là un puissant mélodrame aux passions contrastées, à la fois pur divertissement et réflexion précieuse sur l'identité, la culpabilité et la rédemption. Grande réussite au final !

lundi 15 juin 2009

LES ROSIERS DU SILENCE (Anson Cameron - Actes Sud)

QUI ? Anson Cameron, auteur australien renommé né en 1961, copieusement ignoré chez nous !
QUAND ? Aujourd'hui, en Australie.
QUOI ? Les Rosiers du Silence s’ouvre par une scène d’anthologie : l’évaporation d’une ville minière dans le désert australien (ou plutôt son enlèvement littéral par une horde de semi-remorques) jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Enfin, presque plus rien : l’église, bâtie en dur, n’est pas détruite tandis qu’un misérable préfabriqué semble encore défier l’inéluctable. Car le terrain sur lequel est construite Hannah (c’est le nom de la ville) appartient à BBK, un consortium minier qui après avoir épuisé les ressources du sol, se voit obligé de rendre la terre au aborigènes s’il veut obtenir de nouveaux contrats. Dans le préfabriqué, une vieille femme, Belle, s’entête. Elle ne veut pas partir et continue à soigner ses rosiers où elle a enfoui les cendres de son mari et de sa fille. BBK va tout faire pour lui faire quitter les lieux, à commencer par solliciter l’intervention de son fils, un riche agent immobilier revenu de tout…
ALORS ? Pourquoi un roman nous émeut-il plus qu'un autre ? Peut-être parce qu'il sait mieux capter les fêlures qui dorment en nous. Que dire alors de l'histoire de Belle ? Sa résitsance, touchante et naïve, illustre les ruptures d'un pays entier, une nation divisée qui n'arrête pas de se chercher dans un long mouvement douloureux. L'Australie gigantesque et brûlante y apparaît fissurée et fragile : les générations se heurtent, les sociétés et les cultures aussi. Cameron réussit un texte émouvant et fort, où la question de l'identité ébranle les personnages et les convictions. Superbe !

dimanche 7 juin 2009

LE LANGAGE PERDU DES GRUES (David Leavitt - Denoël)

QUI ? David Leavitt, écrivain américain né en 1961. Enseigne aujourd'hui la littérature à l'Université de Floride.
QUAND ? New York, années 80.
QUOI ? Philip, jeune New-Yorkais, décide de vivre ouvertement son homosexualité et révèle le secret à ses parents, Rose et Owen. Sur le point d'être expulsés, ces derniers traversent une dure période de remise en cause, d'autant plus rude que le père de Philip lutte lui-même depuis des années contre ses propres tendances homosexuelles...
ALORS ?  Culpabilité, renoncement, mensonge, famille, identité : David Leavitt balance tout dans un magnifique roman où la cellule familiale menacée (implosera, implosera pas ?) sert de théâtre aux destinées troubles d'américains moyens dépassés par leur vie et leurs aspirations  Sans jamais sacrifier la finesse du trait ni la subtilité des émotions, David Leavitt signe un récit maginfique où le romanesque et la critique sociale se nourrissent sans jamais s'affaiblir.  Sa perception de l'homosexualité témoigne elle aussi d'une grande acuité d'esprit : l'identité gay ne relève pas du tragique systématique ou de la marginalité, elle s'insère dans un contexte social plus large où tous, jeunes, vieux, riches, pauvres, homos ou hétéros, vivent et éprouvent les mêmes difficultés. Au final, un grand roman société mais aussi une belle exploration de l'intime. Bravo !

lundi 1 juin 2009

FRUIT AMER (Achmat Dangor - Mercure de France)

QUI ? Achmat Dangor, né en 1948, proche de Nelson Mandela, écrivain fermement engagé dans la société sud-africaine.
QUAND ? Afrique du Sud, vingt ans après l'Apartheid.
QUOI ? Il y a dix-neuf ans, le lieutenant Du Bois, de la police sud-africaine, a violé en prison une métisse, pratiquement sous les yeux de son mari militant anti-apartheid, Silas. De ce crime est né Mikey à qui on a toujours caché le secret de ses origines. Un jour, Silas croise Du Bois dans un centre commercial et le passé ressurgit soudain...
ALORS ?  Achmat Dangor (lui-même métis) est sans illusion : les souffrances du passé ne disparaissent jamais, elles se transmettent et dévorent aussi bien leurs auteurs que leurs victimes. Ce roman de l'après-apartheid ne dit rien d'autre : ses personnages dérivent lentement, prisonniers de leurs démons, dans ce qui ressemble à une véritable tragédie moderne. Excellent de bout en bout, Fruit amer s'impose comme un livre coup-de-poing que l'on repose chancelant et bouleversé. Outre le contenu social et humain, Dangor signe un superbe objet romanesque qui vous travaille au corps sans laisser de répit. Limpide, efficace, puissant : le plaisir de lecture est total. Chaudement recommandé...

lundi 25 mai 2009

LE GARCON DANS LA LUNE (Kate O'Riordan - Joëlle Losfeld)

QUI ? Kate O'Riordan, écrivain irlandais particulièrement attachante. Elle a participé en 2001 au projet Finbar's Hotel aux côtés d'autres auteurs irlandais tels que Joseph O'Connor, Roddy Doyle,...
QUAND ? De nos jours, dans l'Irlande profonde.
QUOI ? En pleine crise conjugale, un jeune couple perd son unique enfant dans des circonstances tragiques. Julia et Brian se séparent mais Julia décide d'aller vivre en Irlande chez son beau-père, un homme tyrannique. En lisant des carnets dérobés, rédigés par la mère de Brian depuis décédée, elle ressuscite le secret qui étouffe les membres de la famille...
ALORS ? Autour du thème douloureux de la perte d'un enfant, Kate O'Riordan signe un récit sensible qui explore les traumatismes familiaux et leur reproduction absurde. Sur fond d'Irlande farouche et de nature sauvage, elle met en scène la confrontation muette mais intense de deux mondes, de deux douleurs, entre une jeune mère meurtrie et un patriarche tanné par les vents froids d'Irlande. Un beau moment de lecture, sans véritable surprise mais on sent de l'émotion chez K. O'Riordan et cette authenticité fait oublier les conventions et la linéarité du récit.

jeudi 9 avril 2009

LE PROSCRIT (Sadie Jones - Buchet Chastel)

QUI ? Sadie Jones a été scénariste pendant quinze ans. Elle est née à Londres où elle vit avec son mari et leurs deux enfants. Le Proscrit est son premier roman ; énorme succès de librairie outre-Manche, il a été finaliste du prix Orange 2008, et les droits cinématographiques viennent d’être vendus dans la perspective d’un film par John Madden, le réalisateur de Shakespeare in love.
QUAND ? Années 50.
QUOI ? Dans cette petite ville du Surrey, au sud de Londres, tout le monde va à l'église, joue au tennis et fête Noël dans l'insouciance et l'alcool ; les jobs s'obtiennent au cours de conversations de quelques minutes au coin du feu, et les jardiniers sont aux petits soins pour les massifs de fleurs des riches demeures victoriennes. Mais cette façade hypocrite et fragile se fissure à partir du jour où le petit Lewis Aldridge, âgé d'une dizaine d'années, assiste, impuissant et terrifié, à la noyade de sa maman adorée, libre d'esprit et anticonformiste. Privé du réconfort d'un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, l'automutilation, puis la délinquance. En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans pour avoir incendié l'église de Waterford, il n'a que dix-neuf ans...
ALORS ? La première scène du livre donne un éclairage assez juste sur le talent de Sadie Jones : un homme sort de prison et personne n'est là pour l'accueillir. L'instant est fort et diablement cinématographique ! Le Proscrit est à l'avenant de cette introduction intense : d'une écriture sobre, Sadie Jones compose un récit tendu, sans temps mort, où la douleur et la furie de l'adolescence heurtent de plein fouet les convenances et l'hypocrisie de la société (évocation réussie de la bourgeoisie anglaise de l'époque). Quelques grands moments : les apparitions de Dicky, parfait salaud dont on espère le châtiment jusqu'au bout ; la troublante et troublée Alice, jeune belle-mère fragile prise aux piège de ses émotions et, surtout, la scène finale dans l'église, très bel exemple de savoir-faire romanesque. Tout ça devrait effectivement faire un très bon film...

samedi 11 août 2007

MAREE NOIRE (Brigitte Giraud - Le Livre de Poche)

QUI ? Brigitte Giraud, voix discrète mais intéressante du roman français d'aujourd'hui.
QUAND ? Pas d'importance.
QUOI ? Dans la voiture qui file vers sa destination d'été, il y a elle, avec ses deux filles, et il y a lui, avec son fils adolescent, tous rassemblés pour une tentative de vie en commun, à l'ombre des pins et d'une vieille bicoque louée pour l'occasion. Présente dans tous les esprits, son ex-femme à lui, décédée des suites d'une maladie grave, hante l'assemblée et distille remords, souffrance et affres coupables.
ALORS ? Marée noire est un livre construit entièrement sur la tension : tension du couple au bord du gouffre, incapable de se nouer et de construire un rapport ; tension entre les enfants, rivaux, complices ou indifférents, parfois violents. Brigitte Giraud fabrique un suspens psychologique où l'intuition du désastre, l'imminence de l'explosion happent le lecteur dans une angoisse et un mal être parfaitement décrits. Intense, aride et, d'une certaine façon, percutant.